Un peu plus de 1.200 agriculteurs en colère ont manifesté hier jusqu'en milieu d'après-midi dans le centre-ville de Limoges, à l'appel de la Fnsea et des Jeunes agriculteurs.
Les Limougeauds n'avaient pas vu une telle déferlante paysanne dans les rues depuis longtemps. Hier, le monde rural en colère a exprimé son ras-le-bol en prenant possession du centre-ville. A Limoges comme dans les 21 autres préfectures de région, la mobilisation du monde rural a été forte. A la hauteur du désarroi des campagnes. Il s'agissait pour eux de dénoncer la baisse de leurs revenus et de dire « non à la mort de l'agriculture ».
Le film de la journée
11 heures, place Stalingrad. Le c?ur de ville est bouclé par les services de police. Le parvis de l'Opéra-théâtre a été transformé en cantine en plein air. Les agriculteurs font griller des viandes et des frites. Les passants, peu nombreux, sont invités à déguster. Le square est transformé en mini-ferme limousine. Ambiance bon enfant.
Le gros des manifestants se masse devant l'entrée de la préfecture en haut de l'avenue de la Libération. Casquettes de la Fnsea vissées sur la tête, ils arborent le même tee-shirt noir à lettres jaunes “fier d'être paysan” côté pile, “SOS revenu” côté face. Les Corréziens sont là en nombre. On attend encore d'autres Creusois.
12 heures, rue de la préfecture. Devant les grilles d'entrée de la “préf”, des agriculteurs entament la construction d'un mur de parpaings. Le ciment à prise rapide fait merveille. Derrière les grilles, les forces de police restent impassibles.
Au micro, c'est l'heure des prises de parole : Joseph Mousset, président de la Fdsea 87, Jean-Philippe Viollet, président de la Frsea, Pierre Chevalier, président de la Fédération nationale bovine, Philippe Monteil de la Fdsea 23, fustigent le ministre de l'Agriculture, les distorsions de concurrence avec les autres pays, les marges de la grande distribution, etc.
Le mur, symbole de la rupture entre l'Etat et les campagnes, est monté. Une grande bâche noire est déployée sur toute la hauteur des grilles. Un brasier de pneus et de paille est allumé.
13 heures, place Stalingrad. Casse-croûte paysan.
14 heures, boulevard Carnot. Sur trois rangées, des tracteurs stationnés le long du boulevard Carnot jusque devant la Banque de France démarrent. Dans un concert de klaxons, le cortège s'ébranlent direction la place Jourdan et l'avenue Jean-Gagnant. En début de convoi, sur une remorque trônent les trois têtes de Turc du jour : trois mannequins représentant Nicolas Sarkozy, Marianne Fisher Boël, commissaire européen à l'Agriculture et Jean-Paul Denanot, président de la région.
14 h 20, immeuble Pastel. Rassemblement devant l'immeuble administratif qui abrite la délégation régionale de l'agriculture, « la maison qui nous fait du mal avec ses contrôles, la Gestapo », clame Philippe Monteil. Jets d'?ufs sur la façade. Une remorque déverse sur les marches un mélange de purin, de branches et de paille. Le parvis est recouvert de paille. Le cortège part en allumant un nouveau brasier.
14 h 50, rue du Maupas. Devant le siège de l'agence de service de paiement, ex-Cnasea, nouveau déchargement de plusieurs mètres
cubes de branchages et ronces qui viennent boucher l'entrée du beau bâtiment vitré. Surprise, un cordon de police barre la rue du Maupas. Tension. Jets d'?ufs sur les policiers qui se protègent derrière leurs boucliers. Discours enflammé de Régis Desbordes, des JA 87. On craint le pire. Retour au calme.
15 h 10, boulevard de la Corderie. Les manifestants déversent encore quelques mètres cubes de terre et de paille devant le parking et l'entrée du Conseil régional. Certains, dans les rangs, parlent de récupération politique. Pourquoi le Conseil régional, pourtant partenaire fidèle du monde agricole limousin ? Dans les haut-parleurs, les délégués corréziens justifient : « Il faut arrêter l'empilage administratif, nous n'avons pas besoin d'un deuxième État dans l'État ».
15 h 30, Pont-Neuf. Ultime étape. Le moment de la mise à l'eau symbolique des mannequins à l'effigie de Sarkozy, Fisher Boël et Denanot est arrivé. Comme un faux carnaval, ils sont jetés à la Vienne sous les applaudissements. « Mes amis, c'est un succès », se félicite au micro Jean-Philippe Viollet. Rompez les rangs !